Milène Guermont dispose de plusieurs cordes à son arc. En artiste ingénieure, elle se saisit de matières qu’on jugerait ingrates et à qui elle sait insuffler une dimension poétique. Elle ne se contente pas de faire parler le béton, elle s’empare aussi des images les plus éculées pour les transformer et leur redonner vie.
 
La baie du Mont-Saint-Michel, avec son cortège ininterrompu de visiteurs, est sans doute l’un des paysages les plus connus au monde, les plus photographiés et les plus attendus : « Des éternels regards, l’onde si lasse… ». Parmi les innombrables clichés que le lieu suscite, le mouvement des marées qui, en un moment, recouvrent l’immensité de l’estran a donné naissance à l’un des stéréotypes de la littérature touristique. La mer progresserait « à la vitesse d’un cheval au galop ».
 
Répliquée de guide en guide, l’expression dont l’origine est incertaine se voit désormais appliquée au phénomène du « mascaret », nom qui désigne la vague se formant lorsque la mer remonte les rivières en roulant sur l’eau douce. Au gré des grandes marées, cette barre investit le cours du Couesnon en un hypothétique « galop ».
 
Reprenant l’expression stéréotypée, Milène Guermont va chercher à l’incarner. Dans sa série de vidéos BARRE, elle ne vise pas à recharger émotionnellement une métaphore usée jusqu’à la corde. Avec elle, l’onde n’est plus seulement associée à l’image du cheval, elle devient cheval. L’artiste, en effet, s’attache à manifester l’invisible.
 
Sans autres artifices que celui du cadrage, de la mise au point et du travail de la bande son scandée par le souffle et la foulée, elle opère la métamorphose d’un lieu commun. Elle révèle l’animal présent dans le paysage. Filmé par elle, celui-ci se voit animer de l’intérieur, au gré de pulsations organiques. La surface de l’onde devient une peau, l’écume de la mer, la sueur qui se dépose en mousse aux commissures de cette peau. Bribe par bribe, l’être se livre. La succession des plans ne permet pas de l’objectiver. En effet, Milène Guermont nous donne moins à voir l’animal qu’à voir le monde à travers lui. Nous sommes désormais ce cheval galopant sur la grève et hennissant au vent du large.

 

Claude d’Anthenaise
Conservateur en chef du patrimoine, Directeur du Musée de la chasse et de la nature, 2016

 

 

 

La marée au galop

 

L’histoire de BARRE est celle, éphémère, de l’écume de mer créée par un mascaret en baie du Mont-Saint-Michel, et rythmée par la "marée qui monte à la vitesse d'un cheval au galop".

Cette vidéo expérimentale fait partager la symbolique du cheval sans le figurer.

Elle exploite la puissance du mascaret (dit la ”barre”) pour évoquer celle du cheval.
Une scène montre l’arrivée de la "barre" qu’un stroboscope éclaire au rythme du galop ; le bruit de la mer se transforme alors progressivement en celui d’un cheval galopant alors que la marée monte rapidement.

Sur l’un des gros plans surgit de l’écume accompagnée de bruits propres au cheval (souffles, hennissements, ...) évoquant une plus grande intimité avec lui. Les partis-pris :

  • pas d’artifices ni d’effets spéciaux pour donner encore plus de présence à la seule nature ;
  • aucun accéléré afin de mettre en valeur vitesse et puissance réelles du mascaret ;
  • enchainement formel avec le flux d’écume, le son de la mer fait le lien entre tous les plans.

 

 

 

 

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Sélections de séquences :

 

 

BARRE J

 

BARRE I

 

BARRE A

 

 

 

Le mascaret déferle en plein Paris

 

ÉCUME GALOPANTE est une installation aquatique et lumineuse, évoquant l’écume créée par la mer et la métaphore de la "marée qui monte à la vitesse d'un cheval au galop" filée par Victor Hugo.

Pour NUIT BLANCHE 2014, ÉCUME GALOPANTE prend la forme d’un bassin de 12 mètres par 3 sur le parvis de la Mairie du 15e arrondissement de Paris. L’eau ondulante est recouverte de mousse flashée par une lumière stroboscopique.

Le bruit du ressac créé naturellement à l’extrémité affleurant le parvis se mêle aux sons du cheval. Il s’agit de se focaliser sur les effets de matière dus aux interactions eau / mousse / lumière, partager la symbolique du cheval sans le figurer, "transporter" les citadins à la mer. ÉCUME GALOPANTE fonctionne par boucles de 5 minutes séquencées en deux parties :

  • le stroboscope éclaire la mousse ondulant sur l’eau au ryhtme du galop (diffusé par le haut-parleur),
  • la lumière flashe la mousse frémissante au rythme de bruits de souffles et hennissements, pour évoquer une plus grande intimité avec le cheval ("écume"est aussi le nom donné à sa sueur).

 

 

Concept

 

Montage

 

L'oeuvre pendant Nuit Blanche


 

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